Trump: une opportunité pour les Européens ?

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En terminant ici cette petite série d’article essayant d’analyser différents aspects du succès de Donald Trump, il faut revenir ici sur un point important pour les Européens, et plus particulièrement pour la France. Son élection permettra-t-elle aux pays européens de sortir de l’enlisement dans l’américanisme dont ils ont toujours souffert, afin de trouver les voies d’une indépendance et d’une créativité qui leur permettraient d’avoir une importance suffisante dans le « monde multipolaire » en cours de mise en place.

Plusieurs point peuvent être évoqués sur ce sujet:

– Concernant l’élection de Trump, il faut remarquer qu’elle correspond dans une large mesure à une faillite de la « démocratie en Amérique », pour reprendre le terme de Tocqueville. La participation n’a été que de 50%, de nombreuses catégories d’électeurs « pauvres » n’ayant pu pour des raisons diverses participer au vote. Le nombre des candidats aux élections primaires été limité à deux, Trump et Clinton, que l’on peut juger comme « mauvais », chacun en ce qui les concerne. Les électeurs alternatifs, notamment les Greens, n’ont pas pu présenter de candidat. On explique cela en faisant appel au bipartisme américain traditionnel, excluant toutes formes d’opinions se plaçant hors les hiérarchies de ces deux partis. Mais pour les démocraties européennes, ceci était jusqu’à présent impensable.

– Le succès de Trump, qui reste encore être confirmer, est considéré comme le triomphe d’un « populisme » qui serait en train de submerger le monde. Mais nous avons pour notre part toujours refusé ce terme péjoratif de populisme, qu’il s’applique à Trump ou à d’autres partis émergents. Il signifie qu’en donnant plus d’échos aux revendications de couches d’électeurs jusqu’ici incapables d’être entendu, les candidats et partis dits populistes bousculent l’influence d’élites qui monopolisent la vie politique au profit de leurs intérêts. Si Trump se montre effectivement populiste à l’avenir, ce sera une bonne chose pour la démocratie dans le monde.

Les partis qui en Europe veulent désormais échapper au pouvoir politique de ces élites sont traitées systématiquement comme populistes. Pour nous, il s’agirait plutôt d’un compliment, s’ils savent échapper dans l’avenir à la récupération par les élites au pouvoir.

– La venue à la Maison Blanche d’un Donald Trump, avec ses défauts mais aussi ses qualités, permettra-t-elle aux Européens d’échapper à la technocratie transatlantique, au pouvoir depuis bientôt un siècle, et dont les bases sont à Washington (et Wall Street) à l’ouest, à Bruxelles à l’Est. La cause en serait que Trump voudrait se désengager des contraintes de cet atlantisme qui obère l’Amérique profonde, tant dans l’Otan qu’au plan commercial, par exemple dans les perspectives du prochain TTIP. Les élites européennes seraient donc bon gré mal gré obligées de se désatlantiser, Trump ne voulant plus accepter les contraintes budgétaires qu’impose, en Amérique même, la caste des dominants et des va-t-en guerre dont Hillary Clinton était la représentante. Mais s’y résoudront-elles sans crises graves?

– Le programme économique proposé par Donald Trump présente beaucoup de faiblesses, dont les atlantistes des deux bords profiteront pour imposer le statu quo dont ils profitent. Ces faiblesses sont complaisamment énumérées par les médias au service de l’atlantisme. Il s’agit d’abord d’un keynésianisme non financé, la politique de grands travaux proposée coûtant des milliards que les banques ne voudront pas fournir vu leur peu d’attrait. De leur côté, les restrictions de prise en charge des dépenses de santé proposées par Trump, outre leur caractère impopulaire, devraient tous comptes faits se révéler plus couteuse globalement que l’actuel Obamacare. Aucune économie ne devrait par ailleurs découler de réductions des budgets militaire, que Trump s’est au contraire engagé à augmenter.

– Les dérégulations annoncées visant à diminuer pour l’Etat les coûts de certaines politiques publiques seront inévitablement remplacées par des régulations privées décidées par les entreprises dominantes. Les prix pour le consommateur final ne baisseront pas, au contraire. Enfin la décision d’imposer des contraintes protectionnistes aux produits chinois ne pourra pas résister aux contre-mesures mises en place par la Chine.. Dans le même temps, les réindustrialisations envisagées par Trump (à supposer que quelqu’un les prennent en charge), mettront de nombreux mois avant de produire des effets favorables pour le consommateur final.

– On peut penser enfin que la Banque fédérale, ayant ces dernières années abusé des créations de monnaie sans contrepartie (quantitative easing) ne pourra pas – ou ne voudra pas continuer à le faire, compte tenu du besoin de ne pas laisser le dollar s’effondrer sur les marchés de change. Il est douteux que Trump se résolve à la nationaliser pour la rendre plus docile.

– Le seul point positif de l’accès de Trump aux responsabilités, commenté voire critiqué à l’envie, sera un rapprochement avec la Russie. Ceci notamment sur le plan militaire, dans le cadre de campagnes conjointes contre l’Etat islamique. Pour nous, si cette décision était appliquée conjointement par l’armée américaine et par les forces russes, il s’agirait d’une première mise en cause de la Guerre froide imposée à la Russie par l’Amérique depuis des décennies. Le monde entier devrait en profiter, les risques de confrontation nucléaire s’éloignant.

Mais il faudrait que l’Europe pour sa part, ou simplement la France, se juge enfin autorisée à entretenir avec la Russie des relations normales d’alliée à alliée. Ce serait pour elles l’élément essentiel leur permettant de retrouver les voies de l’indépendance et de la créativité évoquées en introduction à cet article. Ceux des gouvernements européens encore très largement dominés par l’impérialisme américain sauront-ils se saisir de cette opportunité? Les réactions très timorées voire négatives manifestées à l’égard de Donald Trump, principalement sur cette question de la Russie, par François Hollande et le Quai d’Orsay, sont très inquiétantes à cet égard. Qu’en sera-t-il des successeurs?

Par Jean Paul Basquiast

europesolidaire.eu

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