Pourquoi j’ai voté Trump : il est temps que la gauche* voie les USA tels qu’ils sont

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Christopher Ketcham, un supporter de Bernie Sanders, explique pourquoi il a voté Trump et n’a pas l’intention de demander des excuses. Les astérisques renvoient à des notes en fin d’article.

La vérité a déferlé sur le pays, la vérité trumpienne de ce que sont les USA, ceux que nous refusons de voir. Cette élection est comme le portrait dévoilé  de Dorian Gray: un personnage hideux et cinglé, trop longtemps rangé au placard mais désormais en pleine lumière.

Il faut lui souhaiter la bienvenue.

Le chevalier Trump a terrassé le dragon du politiquement correct. Jeb (mot d’argot polysémique, à prendre ici dans le sens d’ « idiot du village » ou d' »usurpateur », mais se référant aussi à Jeb Bush, l’un des concurrents républicains malheureux de Trump) : « Méchant va ! Tu l’as tué ! Gros salaud ! Raciste ! Sexiste ! T’es pas gentil ! Quel homme ! »

Parce que Trump est le représentant honnête du peuple usaméricain. Narcissique, accapareur, cupide, rustre, arrogant, d’une ambition malsaine, éructant des menaces, se complaisant dans son ignorance, bouillonnant de ressentiment : c’est ça l’Amérique. C’est ce qu’elle a toujours été, la terre des millionnaires en devenir qui ont du mal à boucler leurs fins de mois et votent pour les millionnaires qu’ils aimeraient devenir. Une culture d’arnaque, de triche, de mensonge, de fraude, d’exploitation, de business et de fric. Le Rêve usaméricain, qui dit que nous allons tous devenir riches, est une pathologie.

Qu’on le veuille ou non, Trump, c’est nous. Il est l’illustration du Pentagone de la Puissance que Lewis Mumford a décrit dans Le mythe de la machine [éd. fr. Fayard 1974, épuisé, citations ici; voir aussi  Utopie, machine et société, NdE],  le complexe qui dirige les USA : politique, profit, publicité, productivité (plus de consommation pour plus de profit) et sources physiques d’énergie (l’exploitation des combustibles fossiles pour plus de productivité). Mumford l’appelait la « mégamachine », dont le seul et unique but est sa propre survie et croissance.

Clinton, comme Trump, est au service de la mégamachine, mais elle se camoufle derrière la ruse anti-intellectuelle de la politique identitaire. C’est une femme prête et disposée à servir les instruments du patriarcat de la mégamachine, mais à qui la gauche caviar – bourgeoise, aisée, complaisante et écrasée par l’obsession politiquement correcte de l’identité – s’est ralliée comme elle s’était ralliée à Obama.

Dans le marigot de la politique identitaire, tout ce qu’il faut c’est une personne avec la bonne teinte de peau ou le genre approprié pour diriger l’empire de la mégamachine. Rappelons que le mouvement progressiste anti-guerre est mort au moment où un progressiste noir est arrivé au pouvoir et a perpétué, institutionnalisé et réifié la politique de l’ère Bush. Obama a massacré un nombre sans précédent de basanés ultramarins avec des drones.

Les progressistes ne méritent que mépris. Les gens dotés d’un cerveau travaillant pour la campagne Trump remercient les dieux pour la stupidité invertébrée et merdique d’une gauche obsédée par l’identité.

J’ai échangé des courriels avec des gens de gauche bon teint dans ma bonne vieille ville de Brooklyn, dont un pote adorable, un chanteur folk que je considère comme un ami et dont je tairai le nom car nos échanges étaient privés. Pendant huit ans, il a écrit de nombreuses chansons engagées, dures et belles, de protestation contre le président Bush. Puis il s’est calmé avec l’élection d’Obama. Comme il m’a expliqué : « Puisque qu’il n’y a que les chansons politiques qui m’intéressent, si j’ai le moindre espoir d’être entendu, ce qui signifie avoir un impact [sic], c’est en faisant en sorte que ma musique soit spéciale. » Il a ajouté que pendant les années d’Obama, « je n’étais pas motivé pour écrire. »

Une belle rationalisation, et tant pis pour la boussole morale de la protestation. Lui et sa femme m’ont écrit cette année pour me rappeler qu’il fallait se serrer les coudes et voter pour Hillary.

Je lui ai dit, et je le dis tous les bons progressistes de Brooklyn : avec votre soutien à Hillary et les machinations et les fraudes de l’élite démocrate, vous vous êtes rendus complices de la destruction du seul candidat, Bernie Sanders, qui aurait pu, selon tous les sondages, battre Trump à plate couture. Maintenant, vous en payez le prix.

Au cours de l’année écoulée, Trump a craché ses mots authentiques, putrides au visage de l’USAmérique. Et les USAméricains en redemandaient. L’authenticité de Trump est celle du bonimenteur qui dit à tous ceux qui veulent bien l’entendre qu’il ment. Les Clintonards ont toujours prétendu être autre chose que des représentants de l’oligarchie. Trump ne s’en cache pas. Il aime l’argent et le pouvoir. Il aime la violence. Il exprime le charisme de l’homme fort. C’est pourquoi nous, à gauche, devons l’accueillir.

Le mardi soir, après l’annonce des résultats, j’ai appelé mon vieil ami Brian Ertz à Boise. Ertz avait été élu délégué de Sanders pour l’Idaho, et s’est rendu à Philadelphie en juillet dernier pour la Convention Nationale Démocrate, et il a vu comment la cabale clintonarde a manœuvré et triché pour déconsidérer et finalement écarter les partisans de Sanders. Il en est revenu malade.

Mais à l’annonce de la victoire de Trump, Ertz a éclaté de rire. « C’est trop beau pour être vrai. C’est merveilleux. J’ai le sentiment de baigner dans le bonheur. De l’honnêteté, enfin. C’est comme révéler un grand secret et se sentir soulagé. C’est une énorme fuck you à l’élite progressiste. C’est un premier pas vers la vérité.

« La première étape consiste à abandonner le déni. Trump est indéniable. Sans le faux espoir d’un exécutif réceptif, l’ambition intellectuelle et créative de la gauche ne pourra plus être cooptée. Elle sera obligée de montrer ses talents dans la rue. »

Avec Obama, ce fut le déni. Mais c’est fini maintenant. Comme tout toxicomane peut l’attester, la première étape vers une guérison significative est l’abandon du déni.

J’ai écrit en juin sur ce même site que je voterais pour Trump précisément parce c’est un enfoiré de capitaliste et un être humain monstrueux et que sa monstruosité serait une chose merveilleuse à la Maison Blanche, un facteur de galvanisation pour l’opposition :

… il est hors de question que je me prononce en faveur de Clinton, parce que je sais ce qu’une présidence de Clinton présage. Encore plus de pillage néolibéral, mais avec un gentil sourire démocrate pour calmer la gauche.

C’est ce qui arrivé sous Obama : la machine de guerre et Wall Street ont régné sans partage tandis que nous chantions tous « kumbaya »* sous prétexte qu’un homme noir avait apposé son imprimatur sur l’intolérable statu quo. C’est ce qui se reproduira sous Hillary.

Ce qu’il faut maintenant, c’est de la consternation, de la confusion, de la zizanie, du désordre, du chaos – et une crise avec une sortie, si possible – et une présidence Trump est la meilleure chance pour y arriver. C’est une politique de terre brûlée. Je préfère voir l’empire brûler sous Trump, ce qui ouvrirait au moins la possibilité d’un changement radical, qu’une croisière en pilotage automatique sous Clinton.

Oui, j’ai posté mon vote pour Trump et je persiste et signe. Allez Trump ! Il est l’horrible visage de l’USAmérique. Les lignes sont maintenant clairement dessinées, comme elles ne l’ont jamais été sous Obama, comme elles ne l’ont jamais été dans l’histoire récente. Fourbissons nos meilleures armes de gauche pour la révolte.

christopher1Christopher Ketcham

tlaxcala-int.org

Traduit par  Viktor Dedaj

Edité par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

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Une réflexion sur “Pourquoi j’ai voté Trump : il est temps que la gauche* voie les USA tels qu’ils sont

  1. Il est étonnant de voir comment l’Histoire bégaie. Les Allemands avaient les mêmes motivations en 1933, « make it great again » (Godwin en 1). Et la répartition des résultats est étonnamment semblable, avec les régions rurales votant en masse pour le plus démago, alors que les autres non.

    Ce n’est pas maintenant qu’il faut persister et signer. Je pense que quand on vote pour un candidat, c’est une accréditation de ce qu’il dit, peu importe les raisons que l’on se trouve.

    Et si l’Histoire bégayait vraiment, il n’y aurait plus aucune excuse.

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