L’échec du rapport du renseignement américain sur l’ingérence politique russe, par @bechetgolovko

clinton-74

us-87Les Etats Unis ont voulu faire un rapport sur ce qu’il est impossible de prouver: l’ingérence politique étrangère. On la sent, on la suppose, on la voit bien, mais on ne la prouve pas. Et sans surprises, ce fut un échec. Il faut dire que les Etats Unis n’avaient plus le choix car, soit il n’y a pas eu ingérence et cela signifie l’échec de leur système par un vote de rejet des électeurs malgré la machine médiatique américaine et l’appareil des partis, soit il y a eu ingérence et cela signifie l’échec du système à résister au jeu ancestrale des influences étrangères.Qui de toute manière ne peut décider du résultat d’une élection de cette ampleur.

Le rapport

Le rapport des trois services de renseignement américain, la CIA, le FBI et la NSA, est disponible ici en anglais et ici en russe en version intégrale.

Dire qu’il a fallu s’y mettre à trois pour sortir un rapport d’une qualité aussi médiocre est peu dire. Même le très systémique New York Times titre:

Russians Ridicule U.S. Charge That Kremlin Meddled to Help Trump

Wikileaks s’interroge sur la méthode utilisée:

Puisque, en effet, bien que le rapport indique dans la méthode utilisée le recours aux techniques classiques du renseignement (les agents infiltrés, le hacking de bases de données …), les auteurs précisent également s’intéresser beaucoup aux médias, aux tweets, notamment des personnalités russes « pro-Kremlin »:

Some of our judgments about Kremlin preferences and intent are drawn from the behavior of Kremlinloyal political figures, state media, and pro-Kremlin social media actors, all of whom the Kremlin either directly uses to convey messages or who are answerable to the Kremlin.

Pour revenir sur la terminologie, « pro-Kremlin » semble désigner tous cette catégorie infréquentable d’individus qui ne dénigre pas son pays, visant tous ceux qui n’ont pas le bon goût de défendre la « démocratie russe ouverte » à Genève, Londres ou Washington. Et ils sont nombreux, au plus grand désespoir du renseignement américain. Seulement, comment ont-ils pu influencer l’opinion publique américaine, cela reste une énigme. A moins de ne considérer que l’américain moyen ne se jette sur twitter pour lire les remarques de Puchkov, ne suive les émissions politiques sur les chaînes russes …

La suite est plus évidente, lorsque des pages entières de ce rapport sont consacrées à Russia Today, dont la rédactrice en chef a en plus eu le mauvais goût de rencontrer Assange il y a plusieurs années. Evidemment, Russia Today diffuse en anglais, une information différente de celle qu’il est possible de trouver sur la très dévouée CNN ou dans le très objectivement pro-Clinton Washington Post. Même si au regard de toute l’attention qui lui portée, il semblerait que RT fasse un travail de titan aux Etats Unis, il y a peu de chance que cela ait une incidence directe sur les résultats des votes des électeurs américains, généralement gavés aux infos systémiques, c’est-à-dire pro-Clinton. Sur la forme, un rapport produit par trois agences de renseignement doit-il accorder tant d’attention à ce qui n’est aux Etats Unis qu’un média somme toute marginal? Cela ne fait pas très sérieux.

Des hackers ont été accusés de travailler pour la Russie. Notamment Guccifer 2.0, qui le dément ouvertement dans le Wall Street Journal. De même pour Elisa Shevchenko qui, elle, dément dans The Guardian. Evidemment aucune preuve non plus n’a pu être apportée, uniquement des suppositions.

Bref, tout cela ne fait pas très sérieux. Surtout lorsque l’on peut lire que l’ordre a été donné par V. Poutine lui-même. What else? Cela est répété plusieurs fois dans le document, sur le rythme de l’incantation. Mais la première formulation est délectable:

We assess Russian President Vladimir Putin ordered an influence campaign in 2016 aimed at the US presidential election. Russia’s goals were to undermine public faith in the US democratic process, denigrate Secretary Clinton, and harm her electability and potential presidency. We further assess Putin and the Russian Government developed a clear preference for President-elect Trump.

Donc V. Poutine aurait donné l’ordre de discréditer le système américain et en plus il ose préférer Trump à Clinton pour les intérêts du pays. Soit. La question de la preuve reste toutefois en suspend. Un espion était caché derrière les rideaux et a tout enregistré? Un autre était caché sous la table, depuis un certain temps, en attendant que l’ordre fatidique ne soit donné et que le GRU (renseignement militaire) ne se jette sur l’os US, la bave aux dents? Le Président russe a donné un ordre écrit, daté, signé, tamponné avec directement une traduction en anglais, au cas où ? Non, beaucoup mieux, les agents américains qui sont infiltrés dans les structures de pouvoir russe l’ont affirmé.

Mon Dieu, quelle horreur, les américains ont donc des agents implantés dans les structures russes? Mais … Mais … ils veulent donc influencer la politique russe? Non, c’est impossible. Ils adoptent un rapport condamnant l’ingérence politique étrangère dans leur système …

Le problème est que, dans la partie publiée, il n’y a strictement aucune preuve. Des suppositions qui sont accréditées de probable ou très probable. Mais aucune preuve, car aucune preuve n’est réellement possible à apporter. Ce qui rend ce rapport totalement vide et discrédite les agences de renseignement américaine. La réaction de D. Trump est claire:

trump-179

La faiblesse des démocrates explique leur échec et même si hacking il y a eu, il n’ a pu influencer sur le résultat des élections présidentielles. Soyons un peu sérieux, depuis le temps que la presse mondiale critique le régime politique russe, la population russe, elle, soutient largement le cours suivi. Si une telle influence est possible, elle est limitée. Et tant que le pays est fort, cette influence reste marginale, elle ne peut être effective que lorsque le système politique nationale est affaibli de l’intérieur.

L’échec du Système aux Etats Unis

Il est impossible de dire si réellement il y a eu ou non une intervention aussi directe de la Russie pour qu’elle soit qualifiée d’ingérence. Mais ce qu’il est possible de dire, c’est que dans tous les cas, la manière dont Trump a été élu montre la faillite du Système américain, pas la victoire des Républicains et l’échec des Démocrates. Non, c’est le Système qui a perdu, avec ses candidats alternativement Démocrates ou Républicains mais qui défendaient ces « valeurs », une même vision des choses. Il y a plus de proximité entre le énième Bush et H. Clinton, qu’entre ce Bush et D. Trump, pourtant offiellement du même camp.

Imaginons qu’il n’y ait pas eu d’ingérence politique russe.

Dans ce cas, malgré les manipulations du Parti Démocrate pour que sa candidate soit H. Clinton (car il s’agit bien de cette révélation lors du hacking du serveur du Parti), malgré la campagne médiatique américaine unilatéralement pro-Clinton, malgré les déclarations de la quasi-totalité d’hommes politiques étrangers en faveur de H. Clinton … D. Trump a été élu.

Bien que le Parti républicain ait voulu changer de candidat au dernier moment, bien que des pressions sans précédent aient été exercées sur les grands électeurs, D. Trump a été élu.

Malgré le système de vote plus que folklorique qui permet, surtout dans les fiefs démocrates, de voter sans présenter de pièces d’identité avec photo, malgré l’interdiction illégalement faite à quelques millions d’électeurs de se présenter aux urnes (sources OSCE), tout cela ouvrant la porte à toutes les manipulations, D. Trump est passé.

Le Système a perdu, et ce n’est pas faute d’avoir mouillé la chemise. D’où cette hystérie.

Imaginons que la Russie ait cherché à influencer les élections américaines

Le rapport reproche à la Russie d’avoir eu une préférence pour D. Trump, plus favorable au développement des relations commerciales et à la lutte contre le terrorisme international. Jusque là, avoir une préférence, n’est pas un crime. La totalité des chefs d’Etat européens ont ouvertement affiché leur préférence pour H. Clinton, sans qu’ils ne soient accuser de fausser les élections. V. Poutine a, lui régulièrement, déclaré que la Russie était prête à travailler avec n’importe quel Président américain, c’est le choix intérieur des électeurs.

Le rapport indique également que depuis très longtemps, la Russie cherche à influencer la politique américaine. C’est en effet, une surprise, voire une révélation. Ainsi, un pays qui a une dimension de leader international, cherche à défendre ses intérêts à l’étranger … En effet, c’est inhabituel en matière de relations internationales.

Depuis que les Etats existent, ils mènent une politique d’influence les uns sur les autres. C’est pour cela qu’il existe des services de renseignements, des médias qui diffusent à l’étranger. C’est la règle du jeu. Golos Ameriki (La voix de l’Amérique), radio Liberty, BBC en russe et j’en passe.

Règle qui n’avait à ce jour pas plus que ça dérangé les Etats Unis. Car ils gagnaient. Les régimes non-amis, oups, non démocratiques, tombaient sous leur influence, ils conseillaient très étroitement Eltsine, ont récemment placé Poroshenko en Ukraine, chatouillent la Pologne. Tout allait bien. Et là, « leur » candidate n’est pas passée. Chez eux. Ils ont perdu. Chez eux.

Ce qui les rend hystérique n’est pas l’influence que la Russie veut exercer aux Etats Unis, c’est qu’ils ne soient plus en mesure de la contrer. Ce qui signifie que le Système politique américain est suffisamment affaibli pour être perméable aux influences extérieures, même hypothétiques.
Par

russiepolitics.blogspot.fr

karine-bechet-golovko1Karine Bechet-Golovko

Docteur en droit public, maître de conférences, analyse politico-juridique sur la Russie


Swaziland, le Royaume du Swaziland, est un pays d’Afrique australe
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