Poutine/Erdogan: fin de la lune de miel ?

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Politicien le plus opportuniste de sa génération, Recep Tayyib Erdogan a montré à plus d’une reprise qu’en Syrie néanmoins, il est capable de changer son fusil d’épaule en un quart de tour.

Ses intérêts personnels ou pour ce qu’il considère comme étant les intérêts de la Turquie définissent sa stratégie : un temps, il s’excuse auprès de la Russie et au besoin, il demande même pardon en russe ; si les circonstances s’y prêtent, il se réconcilie avec Assad, renonçant à sa stratégie dite de renversement et il n’en a même pas honte.

Or le récent entretien téléphonique avec le président Trump où Erdogan a évoqué tour à tour la Syrie et la guerre contre Daech pourrait encore réveiller en lui les instincts de caméléon. On ne peut pas désormais écarter le risque que les retrouvailles turco-russes en Syrie soient reportées sine die et qu’Erdogan fasse tout revenir à la case départ. L’entretien téléphonique Trump/Erdogan a duré 45 minutes, ce qui est largement suffisant pour qu’Ankara retombe à nouveau dans les bras américains. En effet, la Turquie n’a jamais cessé d’aimer l’Amérique et s’il a décidé de rompre soudain avec les États-Unis ce fut uniquement à cause de refus d’Obama d’extrader la bête noire de l’AKP,  » Fathoullah Gülen » vers la Turquie dans la foulée du coup d’État avorté du 15 juillet 2016.

Mais qu’est-ce qui pourrait réellement nous confirmer le virage d’Erdogan après l’investiture de Trump ?

D’abord l’arrivée soudaine du ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir à Ankara et la tenue d’un point de presse conjoint avec son homologue turc où les deux parties ont évoqué leur plan pour s’emparer de la ville d’Al-Bab puis celle de Raqqa et leur intention commune de faire face aux Kurdes et à Daech dans le cadre de l’opération « Bouclier de l’Euphrate ». L’annonce de Jubeir le laisse entendre : Riyad pourrait prendre part à ladite opération pour  » libérer Raqqa ».

En second lieu viennent les propos du porte-parole de l’état-major interarmes, Ibrahim Kalin. Ce dernier dit que Trump « porte un regard positif à la proposition turque de créer une zone sécurisée et vidée de terroristes et y voit une solution à la crise des réfugiés ». Kalin a même affirmé que la zone en question engloberait les villes d’Azaz et de Jarablus et d’Al-Bab soit une région d’une superficie de 5000 km². En effet, tout au long de sa campagne électorale et après son investiture, Trump n’a jamais caché son désir de voir la mise en place de ces zones sécurisées. Quant aux Saoudiens, ils ont reçu le feu vert de Trump au Yémen sans doute en échange de promesses qu’ils ont faites à Trump au sujet de la Syrie et la visite de Jubeir à Ankara pourrait se comprendre en ce sens.

On ignore parfaitement quelle sera la réaction de Poutine face à cette énième virevolte. Mais une chose est sûre : la Russie suit avec inquiétude toutes ces récentes évolutions et les diplomates russes n’hésitent pas à en faire part. Les médias officiels russes font d’ailleurs part de ces inquiétudes en reprenant sans cesse cette formule  » il existe encore de nombreuses divergences entre Moscou et Ankara dans la crise syrienne ». Les Russes n’hésitent plus à affirmer que  » la Turquie n’en reste pas seulement à son objectif de lutter contre Daech et qu’elle cherche à atteindre d’autres objectifs ». C’est d’ailleurs dans ce même cadre que Levan Djagarian, ambassadeur russe à Téhéran a une nouvelle fois insisté sur la volonté de Moscou de « réutiliser les bases aériennes iraniennes pour lancer des frappes aériennes contre les terroristes ». Le diplomate russe a aussi affirmé que les S300 russes ont été totalement transférés en Iran.

Trump et Erdogan partagent ensemble l’imprévisibilité de leurs actes et de leurs paroles. Ce point les rapproche largement et peut consolider leurs relations l’un avec l’autre au détriment de l’amitié que chacun pourrait apporter à Poutine. Une question se pose d’emblée donc : « La lune de miel Russie/Turquie touche-t-elle à sa fin pour faire place à une autre encore plus passionnelle, entre Erdogan et Trump? » La belle et ancienne formule disait « le premier amour est le seul vrai amour ». Cette formule est elle valable aujourd’hui avec Erdogan?

On ne veut rien anticiper pour le moment… la seule personne qui le sait est le « Sultan » lui-même…

presstv.ir

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