Des forces de la coalition pourraient «reconsidérer leur position» dans le jeu américain en Syrie

Les Australiens, tout comme d’autres membres de la coalition, ont peur d’être des victimes collatérales en cas de conflit direct entre Russes et Américains en Syrie, selon le professeur Jamal Wakeem.

L’Australie a suspendu ses frappes aériennes dans le cadre des actions de la coalition dirigées par les Etats-Unis en Syrie, après les avertissements russes consécutifs à la destruction d’un chasseur syrien par un avion américain.

RT : Pensez-vous que les actions de Washington en Syrie mettent en péril ses partenaires au sein de la coalition internationale ?

Jamal Wakeem (J. W.) : Je le pense, car les Etats-Unis exercent une grande pression pour ne pas perdre de terrain en Syrie. En particulier à partir du moment où les forces syriennes étendent leur contrôle sur leur territoire. Ces dernières ont en outre réussi à atteindre la frontière avec l’Irak, entravant le plan américain qui consistait à creuser un fossé entre l’Irak et la Syrie. Cela explique pourquoi les Américains se sont vus comme une force devant s’impliquer directement dans le conflit en cours en Syrie, leurs proxies ne pouvant entraver l’avance de l’armée syrienne. C’est ce qui fait peur, par exemple aux Australiens mais aussi à d’autres membres de la coalition. Car, selon moi, ils craignent que les forces russes puissent potentiellement abattre leurs jets. Et ce d’autant que la Russie a annoncé la suspension de son accord de coordination avec les Américains sur la Syrie.

« Les Américains ont directement pris pour cible les Syriens, ce qui pourrait engendrer un conflit direct entre les forces syriennes et les forces américaines »

RT : Les Etats-Unis ont opéré plusieurs frappes aériennes en Syrie ces derniers temps, mais c’est la première fois qu’ils prennent pour cible un avion. Washington aurait-il franchi une ligne rouge ?

J. W. : Les Américains ont directement pris pour cible les Syriens, ce qui pourrait engendrer un conflit direct entre les forces syriennes et les forces américaines. Dans une telle situation, les Russes se verraient obligés d’entrer dans le conflit, qui pourrait se transformer en conflit régional, voire international. C’est pourquoi les Russes ont été si fermes dans leur message aux Américains. Les Australiens, qui craignent de devenir des victimes collatérales d’un potentiel conflit direct entre Russes et Américains en Syrie, ont perçu la gravité du message.

« Les Américains pourraient engendrer une escalade de la situation en Syrie »

RT : Devrions-nous nous attendre à ce que d’autres membres de la coalition suspendent leurs frappes aériennes ?

J. W. : C’est possible. Mais je crains aussi une escalade suscitée par les Etats-Unis, parce qu’ils perdent du terrain en Syrie. Cela fait échouer toute leur stratégie, qui impliquait une nouvelle recomposition géopolitique de cette région pour assurer la loyauté du Moyen-Orient aux Etats-Unis. Une telle stratégie pourrait assurer l’influence américaine dans cette région stratégique pour le siècle à venir, et ce dans le cadre de la plus vaste stratégie américaine visant à empêcher l’Eurasie, et en particulier la Russie, l’Iran et la Chine, d’avoir accès à la Méditerranée orientale. Je crois que les Américains pourraient engendrer une escalade de la situation en Syrie, ce qui pourrait également pousser d’autres membres de la coalition soit à reconsidérer leur position dans cette coalition, soit à être entraînés dans le conflit.

francais.rt.com

Jamal Wakeem est professeur des Relations internationales à l’Université libanaise de Beyrouth.

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